À l’aube de mes 50 ans : quand toutes mes casquettes ne suffisent plus à me définir

Comment l’autisme de ma fille, mes virages professionnels et l’approche de la cinquantaine m’amènent à questionner profondément : “Qui suis-je, au-delà de toutes mes casquettes ?”

5/29/20265 min read

À l’aube de mes 50 ans, je me retrouve à un endroit que je n’avais pas prévu.

Sur le papier, j’ai “réussi” plusieurs vies : je suis maman de deux enfants, dont une fille avec autisme, infographiste, coach certifiée en neurosciences appliquées, formatrice, engagée associativement, très présente sur les réseaux pour sensibiliser à l’autisme.

Et pourtant, ce que je traverse aujourd’hui est plus profond qu’une simple remise en question professionnelle.

Si je partage mon histoire ici, c’est autant pour poser les choses pour moi que pour offrir une forme de prévention à celles qui approchent cet âge ou qui y sont déjà : non, vous ne devenez pas folles. Oui, on peut se perdre un peu en chemin, même quand on a l’air de tout tenir.

Quand l’autisme vient bousculer une vie « normale »

Avant ma reconversion, je travaillais à temps plein dans la formation professionnelle continue, comme chargée de coordination dans un organisme qui finançait la formation des salariés.

Puis ma cadette a été diagnostiquée autiste.

Petit à petit, j’ai réduit mon temps de travail : de temps plein à temps partiel. À un moment, la réalité m’a rattrapée. Il a fallu faire un choix. J’ai décidé de prioriser les progrès de ma fille.

J’ai cessé complètement mon activité pendant quatorze mois pour me consacrer à elle.
Ce n’était pas un choix confortable. C’était un mélange d’amour, de fatigue, de culpabilité et de lucidité. Je savais que cette période serait décisive pour elle, et qu’elle me transformerait, moi, en profondeur.

Quand on sent que « ce n’est plus possible »

Après ces quatorze mois, je suis revenue dans le monde professionnel, toujours dans la formation, toujours dans des fonctions de coordination.

Mais quelque chose avait changé en moi.

Un jour, la phrase s’est imposée très clairement : « Ce n’est plus possible. »
Plus possible de faire semblant que tout pouvait continuer “comme avant”.
Plus possible d’ignorer ce que je ressentais.

J’ai alors demandé un congé individuel de formation.
Ce temps m’a permis de faire un
bilan de compétences, puis de m’engager dans une formation d’infographiste multimédia.

Cette formation, je ne l’ai pas vécue dans un contexte “idéal”. Je courais entre les cours, les rendez-vous, les soins pour ma fille. J’ai manqué des séances, j’ai dû rattraper, j’ai avancé avec la sensation d’être toujours entre deux urgences.

Le jour où j’ai obtenu mon diplôme, j’ai ressenti une immense fierté.
Je me suis dit :

« Tu as manqué des cours, tu as couru partout pour ta fille, et pourtant tu es allée au bout. Regarde où tu en es arrivée. »

Ce diplôme n’était pas qu’une compétence de plus. C’était la preuve que je pouvais me réinventer professionnellement, malgré la charge invisible que je portais.

Changer de vie : d’une vie de couple à une vie de maman solo en Guadeloupe

Il y avait un endroit où je voyais ma fille s’épanouir davantage : la Guadeloupe.
À chaque vacances ici, je constatais la différence. Le climat, le rythme de vie, l’environnement… quelque chose la portait.

Après ma formation et l’obtention de mon diplôme, j’ai demandé une rupture conventionnelle pour pouvoir partir m’installer en Guadeloupe avec mes enfants.

L’autisme ne bouscule pas seulement la vie professionnelle. Il a aussi un impact sur la vie de couple. Dans mon cas, il a agi comme un révélateur. Je crois que ce type d’épreuve peut soit renforcer un couple, soit le séparer.

Dans mon cas, cela nous a séparés. Je portais trop sur mes épaules.
Je suis rentrée en Guadeloupe
sans le papa. J’ai refait ma vie ici, en tant que maman solo, avec cette réalité : l’autisme ne prend jamais de pause.

Infographiste, puis coach, puis formatrice : l’effet boule de neige des casquettes

Installée en Guadeloupe, j’ai commencé à travailler comme infographiste.
J’ai créé des sites vitrines et des sites d’information pour différents clients, dont des organismes de formation. J’aime ce métier : traduire l’identité d’un projet en images, en mises en page, en sites web, donner de la visibilité à ce que les autres font.

En parallèle, l’autisme restait au centre de ma vie : les démarches, l’accompagnement, les ajustements constants.

En 2022, un nouvel élan s’est imposé : je voulais comprendre le fonctionnement du cerveau, le stress, la charge mentale, l’adaptation permanente.
Je voulais aussi pouvoir
accompagner d’autres mamans qui vivaient des choses proches des miennes.

Je me suis formée au coaching spécialisé en neurosciences appliquées et j’ai obtenu ma certification.
J’ai accompagné des mamans, notamment dans le cadre associatif, mais aussi des femmes non concernées par le handicap. Les questions de limites, de place, de fatigue, de sens… se retrouvaient partout.

C’est l’un de mes clients, pour qui je gérais déjà le site web et d’autres aspects, qui m’a proposé un jour d’intervenir comme formatrice. J’ai accepté.

Au début, j’intervenais en amont des formations, pour :

  • créer de la cohésion dans les groupes,

  • travailler sur le développement personnel,

  • aider les apprenants à entrer en formation avec un cadre intérieur plus solide.

Puis cette activité s’est installée. J’ai travaillé plusieurs années ainsi.
Aujourd’hui encore, je collabore avec une association sur des projets de formation, et j’interviens comme coach et formatrice sur plusieurs cursus.

À tout cela s’ajoute mon engagement sur les réseaux sociaux, où je sensibilise à l’autisme et partage des morceaux de notre quotidien.

Quand toutes ces casquettes ne suffisent plus à répondre à « Qui je suis ? »

Vu de l’extérieur, ma vie peut sembler riche et cohérente :

  • infographiste

  • coach en neurosciences appliquées

  • formatrice

  • maman investie

  • femme engagée dans l’associatif

  • voix qui sensibilise à l’autisme

J’ai appris à prendre du temps pour moi, à m’écouter, à utiliser les outils que je transmets. Et pourtant, ce que je vis aujourd’hui va au-delà d’une question d’organisation ou d’équilibre.

C’est plus profond.

C’est comme si toutes ces casquettes, aussi précieuses soient-elles, ne suffisaient plus à me répondre quand je me pose la question :

« Et moi, là-dedans, où suis-je vraiment ?
Qui suis-je, quand je ne suis ni mère, ni coach, ni infographiste, ni formatrice, ni “la maman d’une enfant autiste” ? »

Ce n’est pas une crise “spectaculaire”. C’est un flou intérieur, qui vient toucher l’identité, pas les compétences.

Une parole de prévention pour celles qui traversent ça aussi

Si j’écris cet article, ce n’est pas pour raconter une success story.
C’est pour
normaliser un vécu dont on parle peu.

À l’approche de 50 ans, on peut :

  • avoir changé plusieurs fois de voie professionnelle,

  • avoir porté sa famille à bout de bras,

  • s’être formée, adaptée, réinventée,

  • être perçue comme forte, inspirante, résiliente…

… et ressentir malgré tout un profond vertige intérieur.

Ce vertige n’est pas un signe de folie.
Ce n’est pas un manque de reconnaissance envers la vie.
Ce n’est pas une faiblesse.

C’est souvent le signe que :

  • l’on s’est longtemps définie par ses rôles et ses responsabilités,

  • l’on a beaucoup donné, beaucoup porté,

  • et qu’une part de nous réclame maintenant d’exister en dehors de tout ça.

Si tu te reconnais dans ces lignes, que tu as l’impression d’arriver au bout de tes casquettes, je veux que tu le saches : tu ne deviens pas folle. Tu es peut-être en train d’ouvrir un nouveau chapitre de toi, qui ne se résume plus à ce que tu fais pour les autres, mais à qui tu as envie d’être pour toi.

Si tu te reconnais dans ce que je partage ici, j’aimerais beaucoup te lire.

Tu peux raconter dans les commentaires :
– où tu en es dans ton propre parcours
– ce qui résonne le plus pour toi à l’approche (ou au cœur) de la cinquantaine
– ou simplement me dire : “Moi aussi, je ressens ce flou”.

Tes mots pourront aussi aider d’autres femmes qui passeront par ici à se sentir moins seules.

Ta singularité rayonne.

Ta présence crée l'espace où tout devient possible.

BLOG

contact@veve_khamisi.com

© 2025. Vévé Khamisi - Tous droits réservés